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Changement de cap pour Gina Conley: à sept mois de grossesse, cette professeure de fitness a choisi d'accoucher à domicile et non à l'hôpital, une option lui paraissant

plus sûre en pleine pandémie de coronavirus mais non couverte par son assurance santé.

"Je n'aurai pas à aller dans un hôpital où des personnes potentiellement infectées et du personnel qui a été exposé au coronavirus pourraient être près de moi ou de mon bébé", reconnaît soulagée la femme de 32 ans, qui vit à Southern Pines en Caroline du Nord.

Même son de cloche pour Jordan Perez, 30 ans, qui a récemment opté pour un accouchement à domicile alors qu'elle entame son neuvième mois de grossesse.

"J'ai toujours voulu donner naissance chez moi mais avant le virus ma sage-femme ne le proposait pas. Il y a une semaine, avec ce qui se passe, elle a finalement accepté", explique à l'AFP Mme Perez, qui travaille dans la vente de cosmétiques à Homer en Alaska.

Ashley Esposito, qui envisage aussi cette alternative, est particulièrement préoccupée par les restrictions de certains hôpitaux, limitant le nombre de personnes lors de la naissance pour endiguer la propagation du Covid-19.

"C'est notre premier bébé en bonne santé et que mon mari ne soit pas là, ce n'est pas une option pour moi", confie émue la spécialiste des données âgée de 35 ans, qui a conçu son enfant par fécondation in vitro après deux grossesses non menées à terme.

A New York, des hôpitaux avaient banni les conjoints avant que le gouverneur Andrew Cuomo ne signe un décret en mars pour dire qu'aucune femme n'accoucherait seule.

- De 4.000 à 8.000 dollars -

Ashley Esposito, qui réside à Baltimore, hésite toutefois à programmer son accouchement à domicile pour une simple raison: le coût de la procédure, hors du réseau de soins couverts par son assurance santé.

"Cela peut aller de 4.000 à 8.000 dollars de frais à avancer", détaille-t-elle. "Payer autant d'argent avec la situation économique actuelle... Des gens au travail de mon mari ont été licenciés. Rien n'est garanti".

Elle soutient une pétition, qui a recueilli près de 1.300 signatures, réclamant une meilleure prise en charge de l'accouchement à domicile par les compagnies d'assurance dans l'Etat du Maryland.

Gina Conley déboursera elle plus de 4.000 dollars de sa poche pour accoucher chez elle.

"Ce n'est pas bon marché mais pour avoir la naissance que nous voulons, avec beaucoup moins de stress, ça me semble valoir le coup", assure-t-elle.

Côté sages-femmes, c'est le branle-bas de combat pour faire face à l'afflux de patientes.

"Nous faisons en moyenne 5 accouchements à domicile par mois" mais en ce moment c'est plutôt entre 8 et 10, indique à l'AFP Mairi Breen Rothman, directrice du cabinet de sages-femmes M.A.M.A.S à Takoma Park dans le Maryland.

Malgré le recrutement d'une troisième sage-femme, son cabinet, dont l'agenda est complet jusqu'à août, a dû refuser des clientes faute de créneaux disponibles.

"Je ne pense pas qu'il y ait assez de sages-femmes pour faire face à cette hausse des demandes", signale Michelle Palmer, présidente du comité accouchement à domicile de l'association américaine des sages-femmes professionnelles (ACNM).

Sur les quelque 12.000 sages-femmes agréées aux Etats-Unis, seules "3.000 travaillent actuellement dans des centres de naissances (non hospitaliers) ou s'occupent d'accouchement à domicile", précise-t-elle.

- Consultations sur Zoom -

Réduction du nombre de visites à domicile, consultations sur Zoom, port du masque: ces professionnels de santé doivent par ailleurs adapter leur pratique pour éviter la propagation du coronavirus entre les clientes.

"Nous demandons aux familles de se procurer un tensiomètre pour prendre elles-mêmes leur tension et un ruban pour mesurer la taille de leur ventre", souligne Michelle Palmer dont le cabinet est situé à Rhode Island.

Mairi Breen Rothman fait attendre ses clientes dans leur voiture où elles doivent laisser tous leurs effets personnels.

"Elles entrent par une entrée séparée, enlèvent leurs chaussures, vont se laver les mains. On fait l'examen.(...) Dès qu'elles partent, on désinfecte tout ce qu'elles ont pu toucher, les poignées de porte, les interrupteurs, le canapé, tous les instruments médicaux, le téléphone, on nettoie la salle de bain", énumère-t-elle en riant nerveusement.

Les recherches sur l'impact du Covid-19 sur les femmes enceintes sont encore très limitées. Mais l'OMS laisse entendre qu'elles ne sont pas plus à risque que le reste de la population.

Une étude chinoise publiée en mars a cependant montré qu'une transmission au foetus pendant la grossesse était possible tandis qu'aux Etats-Unis un bébé de six semaines contaminé est décédé la semaine dernière.

Ashley Esposito pour sa part, qui s'imagine donner naissance devant la télé en regardant "Le Seigneur des Anneaux", ne compte prendre aucun risque après l'arrivée de son bébé.

"Je vais rester dans ma bulle. Sa première année, je ne pense pas que nous aurons beaucoup d'interactions avec des gens ailleurs que sur Skype", prévient-elle.afp, photo-oneVillage Initiative, Wikimedia.